Sarcopénie chez les seniors actifs du bassin méditerranéen : comprendre les nuances entre forme primaire et secondaire

21/12/2025

Définir la sarcopénie : un enjeu majeur de l’autonomie en vieillissant

La sarcopénie est un terme utilisé pour désigner la perte progressive de la masse et de la force musculaire qui accompagne le vieillissement. Ce phénomène, décrit pour la première fois dans les années 1980, est aujourd’hui reconnu comme un facteur déterminant de la fragilité, de la perte de mobilité et du risque de chute chez les personnes âgées. Plusieurs définitions existent, mais la plus répandue est celle adoptée par l’European Working Group on Sarcopenia in Older People (EWGSOP), qui souligne l’association entre perte musculaire, diminution de la force et altération des performances physiques (Cruz-Jentoft et al., Age Ageing, 2019).

Cette problématique est loin d’être marginale. On estime qu’entre 5% et 13% des personnes de plus de 60 ans en Europe sont concernées, un chiffre qui grimpe à plus de 50% pour les plus de 80 ans en institution (Beaudart et al., Calcif Tissue Int, 2017). Dans le contexte des Alpes-Maritimes et du sud de la France, où la part des plus de 65 ans dépasse la moyenne nationale, la sarcopénie représente un enjeu de santé publique quotidien.

Sarcopénie primaire vs sarcopénie secondaire : des causes distinctes, des réponses ciblées

Il est essentiel de distinguer la sarcopénie dite « primaire » de la « secondaire » pour adapter la prévention et l’accompagnement. Cette nuance guide l’élaboration de prises en charge personnalisées, notamment chez les seniors actifs.

La sarcopénie primaire : une conséquence directe du vieillissement

La sarcopénie primaire désigne la perte musculaire liée essentiellement à l’âge, indépendamment d’autres causes médicales. Elle résulte de plusieurs mécanismes physiologiques :

  • Diminution de la synthèse protéique musculaire, liée à la baisse des hormones anabolisantes (testostérone, DHEA, hormone de croissance).
  • Inflammation chronique de bas grade (« inflammaging »), qui accélère la destruction des fibres musculaires.
  • Stress oxydatif : altère les structures cellulaires et favorise la dégradation musculaire.
  • Modification de l’innervation musculaire : perte des motoneurones, diminution de la conduction nerveuse.

À l’échelle pratique, la sarcopénie primaire s’installe lentement, souvent imperceptiblement. Son évolution dépend du patrimoine génétique, mais aussi du niveau d’activité physique au fil de la vie. Selon l’INSERM, la masse musculaire diminue physiologiquement de 1% par an à partir de 50 ans, avec une accélération après 70 ans.

La sarcopénie secondaire : quand d’autres facteurs viennent s’ajouter

La sarcopénie secondaire survient lorsqu'une maladie, un mode de vie ou une condition environnementale aggrave ou déclenche la perte musculaire, en dehors du vieillissement naturel.

  • Causes liées à l’inactivité : immobilisation prolongée après une chute ou une opération, diminution de l’activité liée à la crainte de la douleur (kinésiophobie).
  • Déficit nutritionnel : apports insuffisants en protéines ou en vitamine D, troubles digestifs, anorexie.
  • Maladies chroniques : insuffisance cardiaque, maladie pulmonaire (BPCO), diabète, cancer, insuffisance rénale chronique.
  • Effets secondaires de traitements : corticothérapie au long cours, chimiothérapie, certains antidépresseurs.

La distinction primaire/secondaire conditionne la réversibilité des symptômes : si la sarcopénie secondaire est identifiée précocement, un traitement ciblé de la cause peut parfois permettre une récupération partielle, voire complète, de la force musculaire.

Sarcopénie et mode de vie méditerranéen : risques communs, atouts spécifiques

La région méditerranéenne présente des caractéristiques particulières influant sur la fréquence et l’expression de la sarcopénie chez les seniors actifs. La combinaison d’un climat doux, d’un accès facilité à des produits frais et d’une tradition de marche favorise a priori la prévention. Cependant, certaines spécificités régionales méritent d’être soulignées :

  • La chaleur estivale peut limiter l’activité en extérieur, surtout pour les plus de 75 ans, augmentant le risque d’inactivité temporaire.
  • Les habitudes alimentaires locales, bien que riches en légumes et en huile d’olive, sont parfois pauvres en protéines animales chez certains seniors isolés ou veufs.
  • L’exposition au soleil, source de vitamine D, peut être insuffisante chez les personnes à mobilité réduite ou peu enclines à sortir.
  • L’accès aux structures sportives adaptées reste inégal selon les communes du littoral et de l’arrière-pays.

L’Observatoire Régional de la Santé Provence-Alpes-Côte d’Azur rapporte que plus de 30% des seniors méditerranéens déclarent moins de 30 minutes d’activité modérée par jour, malgré l'image active de la région.

Signes avant-coureurs et diagnostic différentiel

Reconnaître la sarcopénie, qu’elle soit primaire ou secondaire, repose sur l’attention portée à certains signaux :

  • Difficulté à se lever d’une chaise ou à monter des escaliers ;
  • Réduction du périmètre de marche, nécessité de faire des pauses fréquentes ;
  • Apparition d’une démarche instable, sentiment de jambes « molles » ;
  • Perte de poids involontaire, fonte musculaire visible au niveau des cuisses, des bras ou du dos.

Le diagnostic médical combine :

  • La mesure de la masse musculaire (impédancemétrie, DEXA) ;
  • L’évaluation de la force de préhension avec un dynamomètre ;
  • Des tests de performance comme le « Timed Up and Go » (TUG) ou la vitesse de marche sur 4 mètres.

Il est impératif d’identifier la part respective des causes liées à l’âge ou à la maladie, car cela modifie la stratégie de prise en charge.

Prévenir et ralentir la sarcopénie : leviers à privilégier en région méditerranéenne

La prévention – et parfois la réversibilité – de la sarcopénie repose sur trois piliers, à adapter à la réalité du territoire et aux ressources disponibles.

Activité physique régulière et adaptée

  • Musculation douce (poids du corps, élastiques, circuit training modéré) : deux séances par semaine permettent de limiter la perte de force (HAS, 2022).
  • Marche nordique, natation, vélo sur terrains plats, sessions collectives en extérieur (parcs, plages hors période de forte chaleur).
  • Programmes encadrés par les maisons sport-santé ou par les clubs associatifs soutenus par les collectivités locales (labels « Sport sur ordonnance » dans certains villages).

Nutrition adaptée à l’âge et aux goûts locaux

  • Apport protidique : viser 1 à 1,2 g de protéines/kg/jour (produits de la mer, œufs, fromages secs, légumineuses). Il n’est pas rare qu’un senior consomme moins de deux portions de protéines par jour, bien en deçà des recommandations (ANSES, 2023).
  • Supplémentation en vitamine D : indispensable l’hiver ou en cas de vie en intérieur prolongée.
  • Hydratation : un litre et demi d’eau quotidien, même hors sensation de soif. Les épisodes de canicule minorent la sensation de soif et augmentent le risque de dénutrition.

Éviter l’alitement prolongé, préserver la mobilité

  • Intervenir précocement au retour à domicile après hospitalisation (rééducation précoce, aide à la marche, conseils pour l’aménagement du logement).
  • Combattre la kinésiophobie (peur de bouger après une chute) via l’éducation thérapeutique et l’accompagnement familial.
  • Solliciter les réseaux de proximité pour maintenir les liens sociaux, moteurs d’activité physique spontanée.

Tableau comparatif : sarcopénie primaire et secondaire

Critère Sarcopénie primaire Sarcopénie secondaire
Origine Vieillissement physiologique, processus naturel Maladies chroniques, immobilisation, sous-nutrition
Installation Lente, insidieuse Souvent rapide, après un épisode aigu
Réversibilité Limitée, dépend du capital musculaire préalable Souvent meilleure, si la cause est supprimée
Prise en charge Activité, nutrition, prévention des chutes Identification et traitement de la cause + mesures générales

Un enjeu de santé locale et sociétale

Dans le contexte méditerranéen, promouvoir la lutte contre la sarcopénie exige d’articuler la prévention médicale, le maintien du lien social et la valorisation des ressources régionales. L’approche collective, mobilisant professionnels de santé, familles et associations, est une réalité du territoire. Pour les seniors, une surveillance régulière des capacités musculaires, une alimentation réfléchie et une adaptation de l’activité aux saisons permettent de prolonger l’autonomie.

Les récentes recommandations de la Société Française de Gériatrie et Gérontologie encouragent la prescription systématique d’activité physique adaptée dès 65 ans, y compris en prévention primaire. La dynamique régionale autour des « villages santé », avec des parcours aménagés dans les parcs urbains des Alpes-Maritimes, illustre le potentiel des interventions concertées.

Ainsi, affiner la distinction entre sarcopénie primaire et secondaire, c’est offrir aux seniors actifs de la région méditerranéenne les meilleures chances de préserver leur indépendance, d’anticiper la fragilité et de profiter pleinement du cadre de vie exceptionnel qui les entoure.

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